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Baudelaire en short

Baudelaire en short !

 

« Chaque homme porte sa dose d’opium naturelle, incessamment secrétée et renouvelée ». Baudelaire

Cent ans plus tard, en 1970, John Hughes, un chercheur Ecossais,  parvint à extraire dans d’énormes quantités de cerveaux de porc des abattoirs d’Aberdeen, une molécule dont la structure s’apparente effectivement  à celle de la morphine….

Oui ! Il existe aussi des addictions sans drogues…entretenues par la dépendance du cerveau à ses propres sécrétions…Et si Baudelaire était né un siècle plus tard, ce grand adepte de l'opium, se serait peut être shooté avec ses propres sécrétions en enfilant short et basket...

Une dépendance au sport, pouvant comme les drogues, envahir votre existence....incapable d'interrompre... en dépit des conséquences négatives....

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 Baudelaire le poète visionnaire et John Hugues le scientifique pragmatique

 

 

Comment le sport peut-il nous rendre aussi addict que les drogues ? 

 

 

 Comme des rats en cage….

Dans les années 50 deux neurologues américains, Olds et Miller,  s'amusaient à implanter des micro-éléctrodes à différents endroits dans le cerveau de leurs rats de labos..

En appuyant sur une petite pédale reliée à l’électrode, ces pauvres rongeurs subissaient une stimulation électrique dans la zone étudiée…

Mais au cours d’une de leurs expériences, alors que la plupart des rats n’étaient pas fans des décharges, l’un d’entre eux s’est mis à à appuyer de façon frénétique sur la pédale……. oubliant même d’assouvir ses fonctions vitales, manger, boire, se reproduire… En fait Olds s’était planté….il n’avait pas implanté l’électrode à l’endroit souhaité…. Le circuit de neurones impliqué dans la sensation de plaisir, appelé circuit de la récompense, était découvert…

 

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Une électrode au coeur du système nerveux du plaisir

 

Ce circuit, au cœur de notre activité mentale, oriente notre comportement.

Manger, boire, se reproduire… activités essentielles pour la survie de l’espèce… sont favorisées par ce circuit. Toutes ces actions  sont associées à une forte sensation de plaisir…

Ce système est en réalité assez complexe et met en interaction de nombreuses régions du cerveau. L'une d'entre elle, à la base du cerveau, joue néanmoins un rôle central. Elle libère  une molécule clé dans la sensation de plaisir : la dopamine…

C’est d’ailleurs dans cette zone que l’électrode de notre rat  fut implantée. Sa libération est à l’origine de la sensation de plaisir, incitant à reproduire l’action, encore et encore….

 

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 Une libération de dopamine stimulée par différentes informations sensorielles mais aussi freinée en permanence par des neurones freins 


 

 

Des molécules s'apparentant à la morphine, l'héroine,   mais aussi au complexe actif du cannabis

Et elles agissent où nos  endorphines à nous ? Oui ! Ces molécules produites au cours d’une activité physique et dont la structure s’apparente à celle de la morphine… ?

Et bien l’activité des  neurones à dopamine est  freinée en permanence par d’autres neurones. Or c’est sur ces neurones que se retrouvent les récepteurs aux morphines et endorphines..

La fixation de ces molécules sur ces neurones diminue leur activité..Le frein exercé est donc moins important..La libération de dopamine est accrue. et c’est l’extase.. Oui ! Ce second souffle…..cette sensation de voler..puis après l’effort, cet état de bien être, d’apaisement, voire pour certains d’euphorie…

Et pas la peine d’être un athlète de haut niveau pour produire ces morphines endogènes, « sa dose d’opium naturelle »...

C’est ainsi, que le besoin de reproduire à nouveau cette expérience se renforce à chaque sortie…Pouvant à la longue induire une véritable dépendance…..

D'ailleurs,  comme si cela ne suffisait pas, les scientifiques viennent de démontrer que cette libération d’endorphine s’accompagne aussi de la libération d’une molécule analogue au THC, l’élément actif du cannabis….Et oui, là encore, ces substances végétales ont un équivalent endogène (produit par le cerveau ) . On comprend alors mieux la véritable addiction que peut engendrer l’activité physique….

 

 

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Les molécules produites au cours de l'effort par le cerveau lèvent le frein exercé sur la libération de dopamine 

 

 

 

 Mais s’il est possible de comprendre la nécessité de ce système de récompense pour inciter à accomplir les fonctions vitales…difficile de comprendre pourquoi le sport, et particulièrement, la course à pied, semble aussi être incités par ce système de récompense…

 

 

Tous dépendants 

Effectivement, la course à pied n’est pas une fonction vitale..En tout cas, pas aujourd’hui….Car durant des millions d’années, nos ancêtres chasseurs cueilleurs devaient se déplacer rapidement pour chasser le gibier et trouver des endroits propices à la cueillette…

Et il se pourrait bien que ceux qui possédaient un système de récompense efficace, ceux éprouvant un véritable sentiment d’euphorie au cours de ces déplacements…bref les plus addicts, aient eu un avantage à survire, se reproduire, transmettre leurs gènes et cette addiction…

Nous sommes les héritiers de ces cueilleurs-chasseurs…Et même si le contexte s’avère à présent bien différent….Nous éprouvons toujours autant de plaisir à l’action, à la course à pied…..

Et dans le monde actuel, ce cerveau « calibré » pendant des millions d’années à de faibles doses de stimuli sexuels, une accessibilité aux aliments limitée, se voit surstimulé…Sites pornographiques, abondance alimentaire, plongent bon nombre d’entre nous dans l’addiction….

Nous sommes tous dépendants…La difficulté est probablement de parvenir à maintenir un équilibre entre ces différentes formes de dépendances…Et dans ce contexte, le sport peut constituer un autre « maître »..Oui ! En matière d’addiction, il est préférable d’avoir plusieurs maîtres plutôt qu’un seul tyran…

Si ce circuit de la récompense peut laisser à penser que notre comportement est en grande partie dicté par les fonctions les plus primitives du cerveau..Si notre néocortex particulièrement développé et siège des fonctions « nobles » telles que l’abstraction, n’a souvent pour utilité que de justifier par une rhétorique foireuse nos instincts les plus primitifs…Il s’avère aussi que ce système du plaisir peut s’élargir à d’autres expériences plaisantes….Peut-être même, que la lecture de cet article est parvenue à activer chez vous les zones du plaisir…celles- là même qui sont actives lorsque vos zones érogènes sont sollicitées….

 

Autour du même thème : 

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Bibliographie

- Cerveau et psycho Février Avril 2010 L'essentiel N°1

- Article paru sur www.larecherche.fr "des drogues sans substances"

- site : le cerveau à tous les niveaux

 



23/10/2015
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