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L'UTMB, la course des égos !

Pour certains, c’est la Barkley, pour d’autres l’UTMB et que dire des Iron-man d’Hawai ou la Norseman ! Toutes ces épreuves ont leurs arguments, elles n’hésitent d’ailleurs pas à s’octroyer le titre.  Fleurissent alors des classements prétendant s’appuyer sur des critères objectifs, tels que la distance, le dénivelé, la température de l’eau, de l’air, le taux d’humidité…

En réalité, il se pourrait bien qu’au vu des nouvelles connaissance acquises concernant la fatigue ce type de classement n’ait en réalité aucun sens.

 

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 Lâchez les bobos ! 

 

Oui ! Car c’est à présent admis ! La fatigue est  une émotion ! Et celle-ci permet de moduler de façon consciente l’intensité de l’effort.

Dans cette  approche, les limites physiologiques ne sont jamais véritablement atteintes et de multiples facteurs peuvent  influer sur sa perception et son seuil maximal de tolérance : motivation, fatigue intellectuelle, stress, intimidation, gain d’argent, encouragement, musique…

Ces facteurs augmentent la performance sans pour autant jouer sur les qualités physiques. Ils ne font que moduler la perception de l’effort…augmenter ou abaisser le seuil de tolérance…

Le sport d’endurance prend dans un tel cadre une nouvelle dimension. Il devient un formidable challenge psychologique.

Pour votre voiture, il vous est possible de connaître précisément le nombre de kilomètres qu’il vous reste à parcourir avant la panne d’essence.

Mais pour un athlète, le choix du rythme adopté ne peut dépendre d’un nombre. Oui !  Si la fatigue est une émotion, alors celle-ci peut être sujette à interprétation. Vous ne pouvez réellement savoir si vous  avez utilisé tout le carburant à votre disposition, si vous aviez encore la possibilité de continuer quelques mètres ou aller plus vite….Chaque course peut donc s’accompagner de cette éternelle question ..N’ai-je pas un peu « triché » ? N’aurai-je pas pu aller encore plus vite, plus loin... ?

 

 

 

 Et ce challenge psychologique, cette opportunité de se « rentrer dans le lard », se dépouiller, vomir ses tripes, débute pour un effort avoisinant les 30 seconds ! Oui ! 30 secondes !

Anna Wittekind de l'université d'Essex effectua en 2009, une expérience fort simple qui suffit à démontrer que ce challenge ne nécessite pas une épreuve de longue durée, impliquant un kilométrage élevé ! 

Des athlètes eurent à pédaler le plus vite possible pendant 15, puis 30, puis 45 secondes, à des occasions différentes.

Le constat fut le suivant : durant les 15 premières secondes du test de 45 secondes, la puissance développée était systématiquement inférieure au test de 15 secondes.

Ainsi malgré les instructions (pédaler au maximum de leur capacité dès le début de l’effort ), ces individus ont inconsciemment adopté un rythme inférieur, comme s’il le cerveau avait intégré que la durée d’effort programmé (45s) ne pouvait se réaliser “à fond”, sans excéder le seuil maximal tolérance.

 

 

 

Matt Fitzgerald, dans son livre : “How bad do you want it” compare un effort physique de plus de 30 seconde au défi d’un marcheur de feu.

Imaginez un tapis de braises chaudes avec à la fin un mur ! Ce mur représente ses limites physiques et ne peut jamais être atteint. Mais il est possible d’essayer de s’en approcher au plus près !

Simplement, sur ce tapis de braise, chaque foulée s’avère plus douloureuse que la précédente et vient un moment où le seuil de tolérance à la douleur est franchi !

Il vous faut alors bondir hors de ce sol brûlant ! Le défi n’est donc pas seulement d’accroître ses capacités physiques mais aussi de les exploiter au mieux ! De faire plus avec ce que l’on a déjà !

 

De la contorsion sémantique? Des théories un peu faciles qui ne peuvent être démontrées ? De la “pensée magique de Gourou » ?

 

De récentes recherches sont venues renforcer cette approche ! Notamment, Florent Meyniel, chercheur à NeurospinCEA, s’est attelé à chercher une zone du cerveau dont l’activité augmenterait au cours de l’effort.

Et il est effectivement parvenu   à identifier une région dénommée l’insula postérieure dont l’activité au cours de l’effort augmente.  L’activité augmente jusqu’à un seuil à partir duquel l’individu se doit d'interrompre sa course.

Cette insula postérieure serait en quelle que sorte un système d’accumulation de l’effort !

Plus intéressant, il semblerait que des facteurs motivants tels que le gain d’argent réhaussent le niveau d’activité maximal de l’insula et permettent par conséquent de repousser ses limites physiques. Le voyant rouge s’allume en quelle que sorte un peu plus tard.

Ce signal nous aiderait donc à répartir notre effort selon notre motivation et notre fatigue.

Ainsi, un unique tour de piste peut s’avérer un véritable supplice, tout autant que l’UTMB. Marie Josée Pérec, la reine du tour de piste se souvient :   «Tu es sur la ligne. Tu regardes le tour de piste, tu sais exactement où tu vas souffrir. Je crois que beaucoup d'athlètes partent lentement parce qu'inconsciemment ils redoutent la douleur. Moi, je vomissais après la course, mais aussi avant, à cause de cette appréhension de la souffrance.»

 

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Pas de vidéos larmoyantes, d'harmonie avec la nature, des "allez papa", des "j'ai éteint la lampe frontale pour voir les étoiles"....Juste un challenge personnel ! 

 

Par conséquent, la course la plus dure au monde n’existe pas ! ! Il est possible de s’approcher au plus près de ses limites physiques sur un modeste et anonyme 10 km comme sur l’UTMB ! Il ne tient qu’à vous d’épouser pleinement ce challenge, ce défi psychologique, et ceci quel que soit votre niveau….Inutile de s’appeler Pérec ou Jornet ! Cependant, il est important de mentionner que les encouragements, le public, modulent la perception de la douleur ! Dans son livre « How bad do you want it » John Fitzgerald, prophète du modèle biopsychologique de Marcora, encourage ainsi les athlètes à réaliser des compétitions très populaires, riches en encouragement. Il invite même à partager ses exploits sur les réseaux sociaux. Pour reprendre la métaphore du marcheur de feu, de multiples expériences tendent à démontrer que cet effet du public, incite non seulement à aller plus loin mais atténue aussi la perception de la douleur…un peu comme si les pieds appuyaient moins sur le tapis de braise…

De là à prétendre que la seule corrélation fiable à établir avec ces courses qui jouent la surenchère soient celles de l’égo…..

 



01/09/2017
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