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Dopé un jour, dopé toujours...

Gatlin,au milieu des années 2000, est le roi du sprint! Médaillé d’or aux JO d’Athènes, détenteur du record du monde en 9,77 secondes…

Mais , positif à la testostérone et récidiviste ! Il écope au sommet de sa gloire de huit ans de suspension, puis finalement quatre…

Et le voici aux JO de Londres ! Presqu’aussi fort ! Médaille de bronze en 9,79  !

 

dopeb.pngGatlin, mais aussi Virenque et son come-back, victorieux sur une étape du Tour à l'Alpes d'Huez le 13 juillet 2003 après l'affaire Festina. Ses coéquipiers le surnommait Taram en référence à Taram et le chaudron magique. Quant à la triathlète Liza Hutthaler, elle est sanctionnée en 2008 pour dopage à l'EPO. En 2010, elle revient presqu'aussi forte et remporte de multiples Ironwomen. 

 

 

Que penser de ces athlètes repentis ? Se chargent-t-ils encore ? Le dopage ne sert-il à rien ?

Quelles explications apporter à ces come-backs  ?

 

 

Dans la tête

L’effet placebo

Forts de leurs arguments pseudo-scientifiques bidons, les docteurs Mabuses en herbes, les fabricants de poudre de perlimpinpin, trouvent auprès des sportifs de tous niveaux, stressés à l’approche d’une compétition, inquiets au moindre bobo, de parfaits « pigeons »…

De nombreux produits ne se sont-ils pas vus  attribuer au cours des dernières décennies des vertus incroyables malgré des études scientifiques aux résultats peu convaincants ?

La carnitine et ses soit disant effets amaigrissants, la créatine et ses vertus anabolisantes, la DHEA  élixir de jouvence..etc..

 

complements-alimentaires-pour-maigrir.jpg

La plupart des athlètes sont accros aux produits pharmaceutiques..Parfois, il arrive que ces compléments soient associés à de véritables produits dopants sans que cela ne soit mentionné dans la composition. Il existe un label (SPORT Protect) pour éviter ce genre de déboires. 

 

 

Par le passé, la fatigue était un état physiologique mesurable, « the end point », occasionné par l’épuisement des réserves en glycogènes, une acidité musculaire trop importante, une incapacité à délivrer du dioxygène…

Et dans un tel cadre, il s’avérait bien difficile d’expliquer l’effet réel sur la performance de ces produits pourtant sans impacts sur les paramètres physiques….

 

Mais depuis deux décennies, une nouvelle approche de la fatigue s’impose. La fatigue serait plutôt une émotion permettant de moduler de façon consciente l’intensité de l’effort…

Ainsi, potions magiques, gels miracles, manchons de compression, chaussures ultra-boost, queues d’artichaut, peuvent influer, tout comme la motivation, le stress, l’enjeux, les encouragements, la musique, sur la perception de l’effort.

Ces facteurs peuvent augmenter le seuil de tolérance et permettre de s’approcher au plus près de ses limites physiques…

 

Mais l’EPO, la testostérone sont loin d’être de la poudre de perlimpinpins. On estime que l’érythropoïétine peut améliorer de 10% la performance. C’est énorme !

Quant à la testostérone, les témoignages pullulent.

Quentin Bigot, le lanceur de marteau, contrôlé positif aux anabolisants en 2014 raconte : «  A chaque fois que je suivais une nouvelle cure de stéroïdes, je lançais 3 mètres plus loin ».

 

Outre expliquer le puissant effet placebo, le nouveau concept de fatigue offre une autre hypothèse explicative plus subtile et séduisante...

 

 

Un déplacement du curseur

Rares sont ceux qui se trompent quant à leur capacité à sauter par-dessus un cours d’eau. Cette évaluation nécessite pourtant l’intégration par votre cerveau de nombreux paramètres…Vos qualités musculaires, votre vécu, votre expérience, les propriétés du sol….Et si un taureau est à vos trousse, peut-être vous autoriserez-vous une prise de risque plus grande que s’il s’agissait d’une simple balade dominicale…

Et bien pour Tim Noakes, l’un des grands instigateurs du nouveau concept de fatigue physique, le rôle du cerveau au cours d'un effort, s’apparente un peu  à ça !

Lempzours_ruisseau.JPGCap.. ou pas cap... ? 

 

A chaque instant, il lui revient de décider s'il doit maintenir ou non le niveau de sollicitation auquel est soumis l'organisme. Et comme pour le franchissement d'un cours d'eau, c'est assez rare qu'il se trompe et qu'il mette votre organisme en danger ! 

S’entraîner ne consisterait donc pas uniquement à améliorer ses qualités physiologiques mais aussi à « éduquer son cerveau », le rassurer quant à ses capacités…

 

Et c’est là que ça devient intéressant ! La consommation de produits dopants pourrait déplacer le curseur de votre gouverneur central…

Doté d’un nouveau corps, aux capacités encore plus grandes, votre cerveau sous l’effet de l’entrainement, s’autorise à explorer des limites plus lointaines…Il se familiarise avec des performances plus élevées.

Et il n’est pas impossible que malgré la perte d’effet de la potion magique, le cerveau vous octroie plus ou moins durablement une prise de risque plus grande…

 

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Et s'il n'y avait pas que l'entrainement pour déplacer le curseur  et s'approcher de ses limites physiques....

 

 

Ok ! Vous restez sceptique quant à ces théories d’ordre psychologiques..vous êtes de nature plus pragmatique. Il reste une dernière hypothèse. Mais cette fois-ci, ils nous faut quitter le cerveau pour aller au cœur de nos cellules, dans le noyau..

 

 

 

Des gènes dont l’activité serait modifiée sur le long terme

Dans notre organisme certains de nos gènes sont activés, d’autres freinés. Certains ne s’expriment qu’à certains moments de notre vie. Des facteurs environnementaux, le stress, l’alimentation, pourraient modifier l’expression de nos gènes…

Cette étude de la régulation de l’expression de nos gènes ou épigénétique est en pleine révolution.

Ainsi de nombreuses études ont montré qu’une mère ayant vécu une expérience traumatisante donnait naissance à des enfants plus facilement stressés. Pendant longtemps l’explication qui prévalait était une histoire d’éducation.

 

Mais des chercheurs israéliens de l’Université d’Haifa sont parvenu à démontrer que le stress modifiait en fait l’expression de certains gènes.

Leur étude publiée dans la revue Psychiatry porta sur des rongeurs et l’expression d’un gène bien connu …Ce gène, lorsqu’il s’exprime, produit une hormone du stress…

En soumettant ces rats à un stress fréquent durant leur enfance, les chercheurs parvinrent sans surprise à mettre en évidence une expression plus important de ce gène, y compris à l'âge adulte, par rapport à des individus ayant vécus paisiblement. 

Mais plus intéressant encore, les ratons issus de ces femelles stressées ont aussi présenté à la naissance une surexpression de ce gène….

Le stress peut donc être transmis à la génération suivante selon un mode épigénétique !

 

Et si c’était aussi le cas des hormones stéroïdes ? Si ces hormones modifiaient à long terme l’expression de certains gènes.

Des scientifiques Norvégiens sont parvenus à démontrer en 2013, que des cures répétées d’hormones stéroïdes permettaient, chez des souris, de préserver sur le long terme, une hypertrophie musculaire même après traitement.

 

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 Si ça marche pour les souris....

 

Trop  naif ? 

La quantité testostérone produite de manière naturelle varie selon les circonstances. La victoire lors d’une compétition peut occasionner chez l’homme un véritable pic de testostérone lui conférant des sentiments d’euphorie et de toute puissance.

Idem d’ailleurs pour les traders, le supporteurs assistant à la victoire de leur équipe, ou les politiques fraîchement élus...

En cas d’échec, la situation est au contraire très difficile à vivre ! C’est peut-être John Mc Enroe qui en parle le mieux : « les soirs de victoire, je pouvais faire l’amour toute la nuit. Les soirs de défaite, je buvais toute la nuit ».

Les psychologues n’hésitent d’ailleurs pas à parler de « syndrome de l’homme irritable » pour décrire ces comportements difficiles associés à une baisse de testostérone.

Oui ! La corrélation entre taux de testostérone et agressivité est en fait assez difficile à interpréter. C’est ainsi que des chercheurs de l’Université d’Edimbourg ont observé que les béliers montraient en définitive plus d’agressivité en hiver quand la production hormonale est au plus faible qu’au printemps en période de rut ! 

On peut ainsi imaginer le terrible désarroi psychologique de ces dopés habitués à des doses massives de testostérone. D’autant que l’injection de cette hormone provoque un arrêt de la production naturelle par leurs testicules. Momentanément, leur taux de testostérone peut être au plus bas, tout comme leur état psychologique....

 

 

Dix hommes seulement ont couru le 100 mètres en moins de 9,8 secondes. Tous ont été accusé de dopage, hormis celui qui survole avec une aisance incroyable les débats, le grand Usain Bolt.

En quoi croire à un retour de Gatlin sans produit dopant serait plus naif que de croire en la suprématie d’Usain Bolt sans la moindre triche ?

Quoi qu’il en soit, les autres hypothèses ne sont pas pour autant à rejeter. Sous l’impulsion de physiologistes tels que Marcora, de nouvelles techniques d’entraînement sollicitant les régions du cerveau impliquées dans la régulation et la perception de l’effort trouvent un intérêt grandissant. Quant à l’épigénétique, il existe déjà des médicaments, on parle d’ « épidrogue » ou « épimédicaments » destinés à modifier l’expression de certains gènes. Les molécules qui existent manquent encore de spécificité d’action et son rapidement toxiques. Il est néanmoins fort probables qu’ils aient déjà été détournés de leurs usages thérapeutiques. 

 

Autour du même thème :

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Bibliographie :

Sport et Vie n°143 Mars-Avril 2014 page 64, Gatlin renait ? 

Dopage, Gilles Goetghebuer, Edition la boîte à Pandore

Lore of running, Tim Noakes

 



02/07/2016
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