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Se faire une Voeckler !

Se faire une Voeckler !

 

 

En quatre ans dans le circuit pro, il n’avait collecté que peu de victoires et la plupart dans des courses mineures.

Le tour précédent, il ne s’était d’ailleurs classé que 119ième, à plus de 3H30 du controversé Lance Armstrong !

Qui aurait pu croire que cette cinquième étape du Tour de France 2004 allait propulser ce jeune homme, peu connu du grand public, leader du tour de France ?

S’imaginait-il un jour arborer ce bout de tissu tant convoité ?

Loin d’être le recordman du monde des Watts, loin d’être le plus gros caisson du peloton, c’est pourtant lui qui en cette étape longue et pluvieuse de 200 km du côté d’Amiens, s’octroya le Maillot jaune avec l’avance incroyable de 9 minutes 35 secondes….

Incroyable concours de circonstance mais aussi audace ! Audace de se retrouver dans une échappée dès le 16ième km en compagnie de Sandy Casar, Jacob Pil, Stuart O’grady, Magnus Backstedt, autant de coureurs ne représentant qu’une faible menace pour le classement général et ayant parfaitement conscience que leur salut imposait une collaboration sans failles !

Concours de circonstance car derrière, l’US postal de Lance Amstrong, s’est ce jour-là, contentée d’un faux rythme, désireuse d’économiser ses forces pour la montagne et ne voyant pas d’un si mauvais œil l’abandon du maillot jaune à une autre équipe à qui reviendrait alors l’obligation de travailler.

Circonstance aussi ! Car la pluie battante et le vent causèrent de nombreuses chutes ! Au 116ième, 170ième puis 180ième….leur octroyant jusqu’à 16 minutes d’avance….

 

 

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Voeckler, de l'ombre à la lumière (ou l'effet maillot jaune )

 

Mais Thomas n’aurait pas connu un tel succès si son histoire en jaune s’était arrêtée là !

Or de l’avis des experts, Voeckler ne pouvait espérer garder son maillot jaune à la douzième étape.

Une étape de montagne qui verrait les « grands » s’expliquer et ce modeste coureur professionnel retourner dans l’anonymat à l’arrière du peloton.

Même les plus naïfs n’osaient imaginer un autre scénario ! Thomas n’avait-il pas concédé 25 minutes lors de la première étape de montagne du tour précédent ?

Thomas non plus n’était pas dupe ! Mais il n’était pas d’accord pour l’abandonner sans combat ! Un combat ou plutôt un formidable challenge psychologique

 

 

 

 

Les ailes du maillot Jaune

C’est dorénavant admis ! La fatigue n’est pas qu’un un état physiologique mesurable, « the end point », occasionné par l’épuisement des réserves en glycogène,  une acidité musculaire trop importante, une incapacité à délivrer suffisamment d’O2…. Pour votre voiture, il vous est possible de connaître précisément le nombre de kilomètres qu’il vous reste à parcourir avant la panne d’essence

La fatigue est une émotion permettant de moduler de façon consciente l’intensité de l’effort.

Et dans cette nouvelle approche, les limites physiologiques ne sont jamais véritablement

atteintes.

Le sport d’endurance prend dans un tel cadre de nouvelles dimensions. Il devient un formidable challenge psychologie.

Matt Fittzgerald, dans son livre : “How bad do you want it” compare un effort physique de plus de 30 seconde au défi d’un marcheur de feu.

Imaginez un tapis de braises chaudes avec à la fin un mur ! Ce mur représente les limites physiques qui ne peuvent jamais être atteintes. Mais il est possible d’essayer de s’en approcher au plus près !

Simplement, sur ce tapis de braise, chaque foulée s’avère plus douloureuse que la précédente et vient un moment où le seuil de tolérance à la douleur est franchi !

Il vous faut alors bondir hors de ce sol brûlant ! Le défi n’est donc pas seulement d’accroître ses capacités physiques mais aussi de les exploiter au mieux !

ET c’est ce challenge que Voeckler, malgré des capacités physiques inférieures à d’autres athlètes de sa génération a su épouser pleinement.

Qui pensait que lors de cette douzième étape de 170 km se terminant par deux cols de première catégorie, Voeckler parviendrait à conserver son maillot Jaune ?

Attaque de Carlos Sastre dans le col de la Mongie ! Seuls Basso, Mancebo, Armtrong parviennent alors à suivre…

Voeckler ayant déjà énormément souffert pour suivre ces cadors, à l’allure facile jusqu’au pied de ce dernier col, aurait pu à cet instant baisser les bras….

 

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Sur des braises ardentes....

 

Mais c’était sans compter sur la foule survoltée toute acquise à sa cause ! C’était sans compter sur un puissant facteur capable d’influer fortement sur la perception de l’effort : « l’audience effect ! »

Oui ! L’ »audience effect » ! Et d’après les psychologues, fiers de ce vocabulaire jargonneux, cet effet est d’autant plus puissant que les observateurs sont actifs !

Les expériences mettant en évidence cet « audience effect » pullulent !

Ainsi, dans une étude de 2002 apparue dans le Journal of sports science, des physiologistes du sport à l’université de Pennsylvanie effectuèrent un test d’effort dans 4 conditions : encouragement verbal toutes les 3 minutes , toutes les minutes, toutes les 20 secondes.

Et bien les meilleures performances furent obtenues par les athlètes encouragées toutes les 20 secondes.

Les taux d’acide lactique obtenus à la fin du test chez ceux ayant reçu le plus d’encouragements étaient les plus élevés, ce qui montre bien que ces encouragements les ont incités à s’approcher au plus près de leurs limites physiques sans pour autant modifier ses capacités, mais simplement en augmentant leur seuil de tolérance à la fatigue !

Et c’est ainsi que le visage marqué par la douleur, tirant la langue comme s’il s’étranglait, acclamé par une foule survoltée tout acquise à la cause de son jeune homme, Thomas est parvenu à trouver les ressources durant ces 6 derniers km d’ascension pour  franchir la ligne seulement 3 minutes 59 après Armstrong ?

 

De la contorsion sémantique sans applications concrètes ? Des références pompeuses à des études bâclées, non-reproductibles, avec biais et protocoles inadaptés, issues d’une course frénétique à la publication…Du simple effet placebo ?

Un dérivé de la psychologie positive et de son fameux verre qu’il convient de percevoir à moitié plein plutôt qu’à moitié vide ?

Athlètes et entraineurs n’ont-ils pas depuis longtemps, de manière empirique établis des stratégies pour relever au mieux ce challenge psychologique ?

En réalité, beaucoup de physiologistes par le passé, obsédés par leurs données chiffrées, leurs paramètres objectifs et mesurables et longtemps réfractaires à l’influence du cerveau sur la performance semblent à présent convaincu de la nécessité d’étudier par IRM l’activité du cerveau à l’effort et comprendre les mécanismes pouvant jouer sur la perception de l’effort !

 

Modèles biopsychologiques de Marcora et applications concrètes

Dès  2001, Tim Noakes avait déjà proposé une théorie : la fameuse théorie du gouverneur central encore très en vogue actuellement.

Pour Tim Noakes, le rôle du cerveau serait de protéger l’intégrité du corps. Là aussi, les limites physiques ne seraient jamais vraiment atteintes et des facteurs psychologiques pourraient influer sur la prise de risque autorisée par le cerveau.

Le gouverneur central limiterait l’exercice physique en réduisant la commande nerveuse vers le muscle.

Bien que séduisante, cette approche présente quelques failles. Comment expliquer les blessures, voire même tout simplement les courbatures ? Pourquoi ce gouverneur central destiné à nous protéger autorise-t-il des efforts occasionnant de tels dommages?  Et surtout ! Aucune structure neuro-anatomique pouvant jouer ce rôle n’a été pour le moment clairement identifiée.

 

Le modèle biopsychologique de Marcora s’avère un peu plus simple et constitue une autre alternative. Cette fois-ci, on s’arrêterait non pas parce que l’organisme est en danger mais parce qu’un seuil de tolérance a été franchi !

Chacun posséderait son propre seuil de tolérance et de multiples facteurs pourraient influer sur celui-ci, notamment les fameux encouragements !

C’est en travaillant sur l’impact de la fatigue mentale sur la fatigue physique que Marcora est parvenu à effectuer un coup de maître.

En imposant des jeux intellectuels à des athlètes, il est parvenu à démontrer que la fatigue mentale diminue la performance physique.

Pourtant, ces jeux intellectuels harassants n’ont pas influé sur les paramètres cardio-respiratoires de ces athlètes, tout comme d’ailleurs sur la commande nerveuse motrice. La capacité à recruter les fibres musculaires n’était pas altérée.

Seule la perception de l’effort semblait être modifiée.

 

Florent Meyniel, chercheur à NeurospinCEA s’est attelé, lui, à chercher une zone du cerveau dont l’activité augmente au cours de l’effort. Et il est parvenu   à identifier une région dénommée l’insula postérieure.

L’activité de cette insula augmente au cours de l’effort jusqu’à un seuil à partir duquel l’individu se doit d'interrompre sa course.

Cette insula postérieure serait en quelle que sorte un système d’accumulation de l’effort !

Et des facteurs motivants tels que le gain d’argent, l’ »audience effect »   rehaussent le niveau d’activité maximal de l’insula et permettent par conséquent de repousser ses limites physiques. Le voyant rouge s’allume en quelle que sorte  un peu plus tard.

Ce signal nous aiderait donc à répartir notre effort selon notre motivation et notre fatigue.

 

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L'insula, une zone du cerveau dont l'activité augmente avec l'effort 

 

 

Déjà des  chercheurs travaillent sur l’influence d’images subliminales qui pourraient influer sur la perf !

La fatigue est une émotion mais aussi la douleur.

C’est ainsi que trois psychologues de l’Université de Washington, Hunter Hoffman, David Patterson et Sam Schearer, ont eu l’idée de mettre au point un jeu virtuel baptisé le monde des neiges, dans le but de détourner les grands brûlés de leurs souffrances !

Oui! En jouant à jeter des boules de neige, en étant en immersion virtuelle dans un environnement glacé, il semblerait que ces accidentés en viennent à percevoir une douleur moins importante. Plus efficace que la morphine prétendent-ils !

Pourquoi ne pas alors extrapoler ces techniques à l'effort physique et la fatigue ? 

 

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Les pansements des grands brûlés sont changés alors qu'ils jouent à un jeu virtuel. A quand l'entraînement virtuel ? 

 

 

 

Le médecin des coureurs de l’équipe SKY réputés pour leur extrême maigreur envisage d’aller encore plus loin dans le gain de poids lors d’une ascension !

Le postulat est simple ! En perdant deux kilos, Froom pourrait gagner 47 secondes en haut de l’Alpes d’Huez !

Mais comment gagner deux kilos ? Et bien en modifiant la perception intense de soif que peuvent éprouver les athlètes au cours de ces ascensions, en les empêchant de trop boire ! Car ce n’est bien souvent pas la déshydratation qui est à l’origine d’une baisse de l’intensité de l’effort mais l’extrême sensation de soif ! Pour modifier cette perception, pourquoi ne pas envisager par exemple des pastilles au menthol, des images subliminales d’un environnement froid et glacé ? Farfelue ? Absurde ? Extrême ?

 

En tout cas, il vous est toujours possible plus modestement d’optimiser vos performances en exploitant les bienfaits de l’audience effect ! Des études démontrent qu’il n’est d’ailleurs pas forcément nécessaire d’avoir des fans acquis à sa cause….Une belle ambiance, de nombreux supporters, peuvent suffire à vous transcender !

Pourquoi pas non plus jouer avec les réseaux sociaux ! Attention cependant à ne pas s’épuiser dans de nombreuses sollicitations avant compétitions…Comme l’a démontré Marcora, la fatigue intellectuelle peut avoir un impact important sur la perception de la fatigue physique au cours d’un effort !  C’est d’ailleurs peut-être pour cette raison, que notre valeureux Thomas a fini par céder !

 

Muscler son insula

La théorie du gouverneur central

La prépa mentale d'un vieux lord

 

 

 

 

 

 



08/07/2018
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