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Stratégie Billat

 

Le monde de la recherche scientifique ? Guerre d’égo, course à la publication..conflit d’intérêt..protocoles foireux, résultats bidonnés…

Mais dans ce monde très académique et sclérosé, la physiologiste Véronique Billat, référence au niveau international, courageuse et désireuse de ne pas se laisser piéger par un courant de pensée, fait office d’Ovni.

Ainsi, son dernier ouvrage intitulé : « VO2max à l’épreuve du temps » n’hésite pas à proposer une approche déroutante voire détonante du bon vieux concept de VO2max…

 

Quelle est donc cette nouvelle approche du VO2max ? Comment  optimiser ses performances grâce à ce nouveau concept ?

 

JS-braun-e╠üquipe╠ü-capteur-brief-test-cp-Cathy-Gadenne-Billat-training (1).jpgBillat se distingue par ses mesures sur le terrain et même en compétition...

 

 

Temps et VO2max

Le concept de VO2max s’avère en apparence fort simple. Il désigne   le maximum de dioxygène  que l’organisme peut prélever dans l’air ambiant, transporter jusqu’aux muscles et consommer par unité de temps. 

Les tests permettant de déterminer VO2max consistent classiquement à augmenter par palier la puissance jusqu’à ce fameux débit maximal.

Il est donc aussi possible au cours de ces tests de déterminer la puissance minimale qui sollicite VO2max, la fameuse PMA ou VMA.

Et justement ! Pour Billat !  Le problème est cette association systématique du couple Puissance-V02. 

N’avez-vous pas déjà lu que la PMA ne peut être maintenue en moyenne que 6 minutes (avec une variabilité entre 3 et 12 minutes ) ?

Et bien, c’est exact ! Mais qu’en est-il du VO2max ? Combien de temps est-il possible de maintenir votre débit maximal de dioxygène ?

Oui ! Parce que le VO2max peut être atteint à des puissances très différentes. Il peut être atteint chez des sprinters de bon niveau au bout de 5 secondes…Il peut même être atteint au cours d’un marathon…

 De nombreuses puissances permettent d’atteindre ce débit maximal !  

 

Alors, quelle est la puissance permettant de maintenir VO2max le plus longtemps ?  Est-ce d’ailleurs un effort continu ou fractionné ? 

 

Pour trouver la bonne puissance, la bonne formule, permettant d’obtenir le temps de maintien de VO2max le plus important, Billat opta dans un premier temps, de manière empirique, pour un effort avec des variations de vitesse autour de la PMA :  le fameux 30-30.   

Trente secondes à VMA et 30 secondes à 50%VMA. Au bout de 5 répétitions VO2max est atteint et que ce soit durant les phases de repos ou d’effort, celui-ci est maintenu, les deux phases ne sont plus distinguables d’un point de vue du débit de dioxygène.

ET ce type d’effort peut permettre de maintenir VO2max une trentaine de minutes, soit 3 fois plus longtemps qu’au cours d’un test classique !!! 

 

graphiquetempslimite.png

 

Quelle est donc la puissance permettant de maintenir VO2max le plus longtemps ? Le 30/30 , un exemple d'effort augmentant considérablement le temps de maintien....

 

 

Mais attention ! Pour Billat , l’efficacité de ces séances serait due aux phases d’accélération puis de décélération !

L’être humain ne serait pas sensible à la vitesse mais à l’accélération !!!

Au cours d’un 30-30, les phases stimulant les réactions et adaptations à l’origine d’une amélioration du métabolisme énergétique seraient les 5 secondes d’accélération ou de décélération permettant de passer de 10km/h à 20km/H et inversement !

Zatopek courait 100 répétitions de 400 m à une allure moyenne relativement modeste pour lui (80-90% de sa vitesse minimale à VO2max) .

 Pour la grande Véronique, l’efficacité de cette séance serait  due à ces 100 répétitions et donc 200 accélérations et décélérations.

Selon elle,  il n’avait pas besoin de courir 400 mètres. Réaliser 200 répétitions de 15 s accélérées et 15 secs décélérés eut été aussi productif. 

Outre cette approche originale qui consiste à poser comme valeur de contrôle le VO2max, la vitesse ou la puissance n’étant cette fois-ci plus imposée sous forme de palier mais  devant se réguler à cette valeur, Billat se distingue aussi par ses mesures sur le terrain et notamment en compétition.

Et les mesures du débit de dioxygène en compétition sont sans appels ! Suite à une accélération ayant « accroché VO2max » suivi d’une rapide décélération de même amplitude, VO2max peut être dépassé !

Dépassé le VO2max ??? Sous-entendu, le soi-disant VO2max, déterminé grâce à un test par palier de puissance !  

 

Marquons un temps d'arrêt ! 

Il est temps pour nous d’accepter l’idée que notre fameux couple puissance- VO2max, nos fameux tests par paliers, ne permettent pas d’établir le véritable VO2max.

Ce débit de dioxygène, compromis entre plusieurs facteurs d’ordre métabolique, musculaire, cardiovasculaires à un instant donné, évoluerait au cours du temps, sous l’influence notamment d’accélération et décélération.

Y compris en  compétition,  ces variations de vitesse induisent des adaptations physiologiques optimisant le potentiel énergétique de l’athlète. L’individu serait capable de faire varier spontanément sa vitesse de course autour d’une vitesse optimisant son potentiel énergétique.

 

 

Mais comment expliquer au niveau moléculaire les effets de ces accélérations et décélérations sur le métabolisme énergétique ? 

 

  

Le VO2max,  pivot du continuum énergétique

Exit cette chronologie désuètes, filière anaérobie puis aérobie et enfin anaérobie lactique quand le dioxygène vient à manquer !

Exit même la scission entre ces filières, tant celles-ci sont interdépendantes, indissociables…

Leur contribution relative varie selon l’intensité de l’effort mais toutes sont sollicitées afin de recharger le stock de piles (ATP) nécessaires à la contraction.

La transformation de la phosphocréatine en créatine est connue pour être  la plus rapide. Elle permet  de recharger une grand nombre de pile en un minimum de temps. Son débit énergétique est élevé. Simplement, les réserves de phosphocréatines sont faibles…L’ effort est donc intense mais bref..

Sollicitées uniquement durant les 5 à 7 secondes d’un sprint cette filière ?

Et Bien non !   L’utilisation de cette filière perdure tout au long de l’exercice grâce à sa régénération dans les mitochondries, ces petits compartiments sièges des réactions impliquant le fameux dioxygène !!

C’est d’ailleurs grâce au VO2max que l’efficacité du  débit énergétique de cette filière aérobie peut s’évaluer.

Le schéma ci-dessous nous permet d’appréhender le mécanisme explicatif.

navette1.png

 

 

Un réservoir de phosphocréatine à haut débit qui  peut être régénéré par la filière aérobie grâce à une navette

 

Oui ! Lorsque, la phosphocréatine est transformée en créatine pour fournir à haut débit  l’ATP nécessaire au glissement des protéines contractiles, la créatine peut migrer des protéine contractiles vers les mitochondries, nos usines à ATP, où s’effectuent les réactions de la filière aérobie.  

Et au niveau des mitochondries, la réaction inverse peut se produire !

Une partie de l’ATP produite par les usines mitochondriales peut servir à reconstituer les stocks de phosphocréatine.

 

 

Mais quel est donc le rapport entre ces réactions, cette navette, et l’entrainement en variation de vitesse préconisé par Billat ! 

 

ET bien au cours d’une décélération, la tension musculaire devient moindre et permet à la filière aérobie de resynthétiser le stock de phosphocréatine… 

Or ce stock de phospocréatine rechargée au niveau des mitochondries constitue un réservoir à haut débit d’énergie permettant de limiter les variations de la quantité d’ATP à chaque contraction musculaire, à chaque impulsions ou coups de pédales…

Cette navette phosphocréatine-créatine permet d’amortir les variations de la quantité d’ATP occasionnées par les contractions et permet donc d’éviter une baisse de puissance trop importante.

Optimiser cette navette, c’est donc fournir le haut débit d’ATP nécessaire à chaque impulsion mais aussi éviter de trop solliciter la filière à l’origine de la production d’acide lactique.

Oui ! Ce fameux acide lactique, finalement bienveillant, car contribuant à diminuer tant bien que mal l’augmentation d’ion H+ dans la cellule musculaire.

Cette filière aussi appelée filière glycolytique, bien qu’offrant un débit énergétique intéressant, libère une quantité d’ions H+ trop importante lorsqu’elle est fortement sollicitée. ET cette acidose nuit à la contraction !

 Reste une dernière chose à comprendre !

 

En quoi ce jeu d’accélération et de décélération contribue-t-il à l’augmentation de V02max au cours du temps ?

 

Appréhendons ce second schéma explicatif.

navetteacceleration.png Une réaction qui selon le compartiment s'effectue dans les deux sens  avec une cinétique en miroir ! 

 

La réaction étudiée peut s’effectuer dans les deux sens. Le sens (1) correspond à la transformation de la phopshocréatine en créatine. 

Au cours d’une rapide accélération, la transformation dans le sens (1) est stimulée afin de fournir un débit d’ATP important dans le cyotoplasme de la cellule. 

La déplétion de phosphocréatine, s’accompagne d’un afflux important de créatine au niveau des mitochondries, ce qui induit alors un déséquilibre et favorise la réaction dans le sens (2 ).

La production d’ATP par les mitochondries est donc stimulée afin de régénérer la phosphocréatine.

Le challenge est donc d’avoir la capacité d’accélérer alors que la filière aérobie est déjà à haut débit énergétique, ce qui permet d’induire un déséquilibre de la réaction dans le sens (2) et permet de repousser encore les limites du VO2max vers de plus hautes valeurs au cours de l’exercice en stimulant la production d’ATP par les mitochondries 

Evidemment, plus les réserves initiales de phosphocréatine sont importantes, plus l’accélération et donc la déplétion de ce stock sont importants, et plus la stimulation de la filière aérobie sera conséquente.

Un travail de force prend là tout son sens ! 

 

 

Avoir la capacité d'accélérer, loin d'être une perte d'énergie, serait donc en réalité la clé du succès. 

Mais Billat va encore plus loin ! Par la réalisation d’audit énergétique, elle envisage de trouver un entraînement adapté en identifiant les points faibles et les points forts de chaque athlète..un entrainement impliquant un dosage optimal des accélérations afin de stimuler les navettes et favoriser le développement du VO2max…

Un entraînement minimaliste, agréable, bien récupéré, ne nécessitant plus cette approche empirique parfois source d’erreur…

Ambitieuse ! Déroutante ? Utopiste ?

En tout cas, alors que certains scientifiques se contentent de tester l’influence de compléments alimentaires bidons, alimentant une longue liste d’expériences dont la crédibilité et la reproductibilité n’ont d’égal que le carriérisme et le conflits d’intérêt de leurs auteurs, Billat propose une aventure scientifique et sportive, novatrice, originale et courageuse..

 

 

 Bibliographie :

VO2max à l'épreuve du temps/ Véronique BIllat / Edition de boeck

http://www.valdemarne.fr/newsletters/lettre-sport-sante-et-preparation-physique/du-nouveau-dans-le-metabolisme-de-la-phosphocreatine-au-cours-de-lexercice

 

Autour du même thème : 

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Muscler son insula

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Le secret des Kenyans



10/08/2016
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